Trois jours après son succès face à Brest (33-31), son meilleur ennemi sur la scène nationale, Metz Handball retrouve un autre poids lourd et grand rival européen. Ce samedi, les Dragonnes se déplacent à Györ pour le premier grand choc de leur campagne de Ligue des Champions, entre deux équipes toujours invaincues après quatre journées de la phase de poules. Une affiche de gala, mais aussi une histoire de comptes à régler : l’équipe d’Emmanuel Mayonnade veut effacer sa défaite en Hongrie de la saison passée, tandis que les partenaires de Dione Housheer rêvent de faire payer aux Messines la finale perdue en juin.
Méticuleux, pointilleux, professionnel jusqu’au bout des ongles, Emmanuel Mayonnade n’est pas du genre à se satisfaire d’un résultat. Malgré la victoire dans le Clasico face à Brest, l’entraîneur messin peinait à cacher sa déception dans les coursives des Arènes. En cause, une prestation qu’il jugeait encore perfectible, malgré le succès arraché dans les dernières minutes face aux Rebelles. Le message est clair : pour espérer s’imposer à Györ, il faudra hausser le curseur.
À peine le temps de souffler après le combat breton que se profile l’un des déplacements les plus exigeants de la saison. En Hongrie, les Messines retrouveront une formation habituée aux sommets européens, un effectif constellé d’internationales et une équipe qui n’a certainement pas oublié la finale de juin. Pour Metz Handball, l’enjeu sera double : prolonger son invincibilité et confirmer qu’il est bien un prétendant à sa propre succession.
Une finale dans les têtes, une première place en jeu
Quatre matches, quatre victoires de chaque côté. Le classement ne pouvait guère mieux préparer l’affiche. Metz et Györ sont au rendez-vous et leur duel pourrait déjà peser lourd dans la course à la première place du groupe. Mais pour comprendre ce qui se joue samedi, il faut remonter à juin dernier. Au MVM Dôme de Budapest, les Messines avaient fait tomber les Hongroises en finale de la Ligue des Champions (31-29), s’offrant le plus beau titre de leur histoire. Au terme d’un combat de haut niveau, les Dragonnes avaient résisté à l’un des clubs les plus puissants du continent pour décrocher la couronne européenne. Pour Metz Handball, ce succès reste une référence. Pour Györ, une blessure à effacer.
La rivalité n’a pourtant rien d’un règlement de comptes théâtral. Elle se nourrit de ce que ces deux équipes savent l’une de l’autre : leurs systèmes, leurs habitudes, leurs joueuses capables de faire basculer un match en quelques possessions. La saison passée, les Hongroises avaient battu les Dragonnes chez elles en phase de groupes (31-27), après une première mi-temps marquée par la prestation XXL d’Hatadou Sako dans ses cages. Cette fois, les partenaires de Chloé Valentini entendent prouver qu’elles sont toujours aussi compétitives et qu’elles peuvent refaire le coup de septembre 2022 lorsqu’elles l’avaient emporté 24-28. Depuis quatre ans, pas mal de choses ont changé. Surtout, le club de Thierry Weizman qui a encore changé de statut. C’est désormais lui le champion d’Europe. Celui qu’il faut faire tomber de son piédestal.
Györ, une armada et des retrouvailles particulières
Le club hongrois possède toujours l’un des effectifs les plus impressionnants du continent, capable de répondre à l’impact physique par la puissance, à la vitesse par la profondeur de banc, et aux temps faibles par l’expérience de ses cadres. Ses premières sorties européennes n’ont pas toutes affiché la même maîtrise que celles de Metz Handball, mais le potentiel reste considérable. Et les grandes équipes ont cette fâcheuse habitude de choisir les grands soirs pour rappeler qui elles sont.
Dans cette armada, Sarah Bouktit sera forcément scrutée de près. L’ancienne pivot messine a changé de camp et retrouvera celles avec lesquelles elle a partagé tant de batailles. Sa puissance dans le duel, son sens du placement et sa capacité à convertir les ballons dans les petits espaces en font une menace de premier plan. Élue MVP de la dernière finale européenne, elle arrive avec un statut qui ne doit rien au hasard. Face à elle, Lilou Pintat et Lyndie Tchaptchet Defo devront répondre présentes dans un secteur où le moindre duel perdu peut ouvrir une brèche.
La formation hongroise peut s’appuyer sur d’autres joueuses capables de créer le décalage, d’accélérer les montées de balle et de punir la moindre désorganisation défensive. On pense évidemment à la Brésilienne et ex-Messine Bruna de Paula, mais aussi donc à Dione Housheer et à Estelle Nze-Minko, de retour aux affaires après un heureux événement. Et comme le danger peut venir de partout, il ne faudra pas non plus oublier la Slovène Tjasa Stanko, qui n’a pas laissé un souvenir impérissable lors de son passage en plein covid en Moselle. La demi-centre est actuellement en pleine forme et pointe à la première place des buteuses de son équipe dans la compétition avec Emilie Hovden, l’ailière droite norvégienne de 30 ans.
Metz Handball possède toutefois ses propres arguments, et Kristina Jørgensen aura une raison supplémentaire de les faire valoir. L’arrière danoise retrouvera son ancien club, avec l’envie de montrer son meilleur visage et de peser dans un rendez-vous où chaque possession comptera. Son activité, sa lecture du jeu et sa capacité à faire jouer les autres seront essentielles pour empêcher Györ d’installer sa défense et de dicter le tempo. Emmanuel Mayonnade pourra également compter sur Léna Grandveau et Lylou Borg, en pleine confiance après leur copie rendue face à Brest. La première est une guerrière alors que la seconde a montré un sang-froid incroyable du haut de ses 21 ans, sur jets de 7 mètres. Lucie Granier et Chloé Valentini seront également des armes importantes sur les ailes alors que Petra Vamos est attendue au tournant face à ses compatriotes. Tout comme Sabrina Novotna, dans ses buts.
Après Brest, le niveau d’exigence monte encore d’un cran. Emmanuel Mayonnade attend une prestation plus aboutie. Györ voudra, lui, prendre sa revanche sur la finale de juin. Entre deux équipes invaincues, le premier choc européen de la saison a déjà des airs de rendez-vous majeur. Et les Messines savent ce qu’elles sont venues chercher en Hongrie : redonner le sourire à leur entraîneur. Ce serait bon signe…
Arnaud Demmerlé

