Une page se tourne, une autre attend peut-être d’être écrite en lettres d’or. Avant de prendre la direction de Budapest pour un rendez-vous avec l’histoire, le public des Arènes a vécu une dernière après-midi riche en émotions, en souvenirs, en promesses, ponctuée par une ultime victoire face à Strasbourg Achenheim Truchtersheim (33-20).

« Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman a de nouveau résonné dans les Arènes de Metz. Mais une autre chanson collait parfaitement à l’atmosphère qui enveloppait l’enceinte messine ce dimanche : « On s’attache » de Christophe Maé. « On s’attache, et on s’empoisonne avec une histoire d’habitude. » Il y avait quelque chose de cette mélancolie douce dans les Arènes, celle que racontent les chansons lorsqu’elles évoquent la difficulté des séparations et des au revoir. Car ce dimanche n’était pas seulement le dernier match à domicile de la saison. C’était aussi celui des adieux. Des adieux à six joueuses qui auront laissé une empreinte profonde : Johanna Bundsen, Grâce Zaadi, Sarah Bouktit, Tyra Axnér, Anne-Emmanuelle Augustine et Xenia Smits. Six visages, six trajectoires, six chapitres d’une magnifique aventure sportive et humaine.

Le moment le plus bouleversant est arrivé bien avant le coup de sifflet final. À la 27ème minute, tout un public s’est levé pour célébrer Sarah Bouktit. Une standing ovation à la hauteur du numéro de son maillot, mais surtout du parcours accompli. Formée au club et passée par le centre de formation, la pivot internationale a grandi sous les yeux des supporters jusqu’à devenir l’une des meilleures joueuses du monde à son poste. L’émotion était immense pour celle qui s’apprête à rejoindre Győr, référence absolue du handball européen féminin. Les larmes ont coulé, les voix se sont parfois brisées au moment des discours d’après-match. Mais derrière la tristesse du départ se lisait surtout la gratitude. Celle d’un public conscient d’avoir vu éclore, puis s’envoler, l’une des plus grandes joueuses de l’histoire récente du club.

Une répétition générale maîtrisée de bout en bout

L’émotion n’a pourtant jamais empêché les Dragonnes de rester concentrées sur leur mission sportive. Contrairement à la rencontre de milieu de semaine face à Plan-de-Cuques, Emmanuel Mayonnade avait choisi d’aligner l’essentiel de ses forces vives, ne laissant au repos que Manon Errard. Un signal clair à quelques jours du Final Four : il fallait garder le rythme, maintenir les automatismes et envoyer un message. Portées par une Léna Grandveau étincelante, auteure de quatre des cinq premiers buts de son équipe, les Messines ont immédiatement pris les commandes. Sarah Bouktit a rapidement imposé sa puissance dans le secteur intérieur tandis que Johanna Bundsen transformait chaque parade en opportunité de contre-attaque. Malgré la résistance alsacienne, l’écart s’est progressivement creusé. Au meilleur moment, Betchaïdelle Ngombele a fait parler son bras pour permettre aux siennes de rejoindre les vestiaires avec une avance déjà confortable (18-11, 30ème).

La seconde période a ensuite ressemblé à une démonstration. Les Dragonnes ont déroulé leur handball, multipliant les montées de balle éclairs et les séquences collectives de grande qualité face à des Alsaciennes progressivement submergées. Cerise sur le gâteau de cette journée particulière, Laura Flippes a retrouvé le parquet après son congé maternité, ajoutant une note positive à une rencontre parfaitement maîtrisée. Au final, Metz Handball s’est imposé sans trembler, 33 à 20. Une victoire nette, sans blessure et sans frayeur. Exactement le scénario espéré avant le rendez-vous le plus important de la saison. Et comme un symbole, Sarah Bouktit a terminé meilleure buteuse de la rencontre avec sept réalisations.

Budapest en ligne de mire

Au même moment, Brest faisait respecter la logique face à Sambre-Avesnois et validait définitivement son titre de champion de France. Une issue frustrante pour les Dragonnes, qui abandonnent une couronne conservée sans partage depuis quatre saisons. Mais réduire cette saison à cette seule deuxième place serait une erreur. Le club dirigé par Thierry Weizman a déjà décroché une nouvelle Coupe de France et rêve désormais d’un doublé historique sur la scène nationale et européenne.

Dans quelques jours, les Dragonnes retrouveront Budapest pour la cinquième participation de leur histoire au Final Four de la Ligue des Champions. Une présence qui confirme la place du club parmi l’élite européenne et qui ouvre une nouvelle opportunité de marquer les mémoires. La première marche se nomme CSM Bucarest. Un géant du continent, un adversaire redoutable, mais aussi un obstacle que les Messines ont les moyens de franchir si elles reproduisent l’intensité, la solidarité et la maîtrise affichées ces dernières semaines.
Les hommages ont été rendus, les larmes ont coulé. Désormais, il ne reste plus qu’un rêve à poursuivre. Le plus grand de tous.

Arnaud Demmerlé

Statistiques :
Gardiennes : Johanna Bundsen (14 parades sur 28 tirs), Sabrina Novotna (0/6)

Joueuses : Chloé Valentini (4/6), Axner (2/3), Suzanne Wajoka (0/1), Anne-Emmanuelle Augustine (2/3), Laura Schneider (0/2), Betchaïdelle Ngombele (5/9),Sarah Bouktit (7/8), Lucie Granier (6/6), Léna Grandveau (5/6), Petra Vamos (0/1), Lylou Borg (2/4), Grâce Zaadi (0/2).

Staff : Ekaterina Andryushia et Emmanuel Mayonnade