Dans une atmosphère volcanique, la gloire des unes devait forcément épouser la douleur des autres. Brest a plié, mais n’a pas rompu. Malgré une prestation exceptionnelle, Metz Handball n’a pas totalement remonté son handicap du match aller (27-23) face à son meilleur ennemi (32-28). Camille Depuiset a sorti l’arrêt qu’il fallait dans les dernières secondes. Regrets éternels.

Il a manqué un but, en plus ou en moins. Un seul. Un famélique. Soixante minutes d’une violence inouïe, d’une intensité presque irréelle, pour finir à un souffle de l’absolu. Metz Handball a terrassé Brest dans des Arènes en fusion, remporté une bataille monumentale, mais laissé échapper, pour un rien, l’avantage décisif au goal-average particulier, à cause des buts marqués à l’extérieur (28 contre 23). La victoire était immense. La frustration, presque aussi grande. Car l’équipe d’Emmanuel Mayonnade avait tout renversé. L’ambiance d’abord. Un volcan, un vacarme continu, une salle debout bien avant l’engagement et qui n’a jamais cessé de pousser. Puis le match. Pendant soixante minutes, la salle a vécu en apnée. Chaque possession ressemblait à une balle de titre. Chaque arrêt de Johanna Bundsen soulevait le toit des Arènes. Chaque contre éclair de Lucie Granier ou Chloé Valentini envoyait une onde de choc dans les tribunes. Léna Grandveau a joué comme si le temps lui appartenait pour remplacer Petra Vamos, malade depuis deux jours. En vain.

Nocandy voit rouge

Auteure de trois des quatre premiers buts de son équipe, Lucie Granier permettait aux Dragonnes de réaliser le premier écart du match (4-2, 7ème). Johanna Bundsen effectuait ensuite un pastis face à Ana Gros et lançait sur orbite Chloé Valentini (7-4, 10ème). Mais la Slovène avait à coeur de briller pour sa dernière aux Arènes et prenait sa revanche sur un penalty d’anthologie, en lobant la gardienne suédoise pour son troisième but (7-5, 11ème). Sans paniquer, le BBH revenait en trouvant sa pivot Oriane Ondono et grâce à sa championne olympique Pauline Coatanea (8-8, 17ème). Floriane André sortait le grand jeu dans ses cages, stoppant un penalty de Sarah Bouktit, et Méline Nocandy donnait même un but d’avance aux joueuses du Finistère (8-9, 18ème). L’ancienne Messine écopait ensuite d’un carton rouge direct pour une violente charge à la carotide sur Léna Grandveau (11-11, 20e). Le tournant de la rencontre ? Metz Handball en profitait alors pour reprendre deux longueurs d’avance (13-11, 24ème). Raphaëlle Tervel sortait Anna Vyakhireva de son chapeau. Cantonnée au banc jusqu’alors, l’arrière russe prenait rapidement deux minutes pour une faute sur Chloé Valentini. Le penalty était à nouveau arrêté par Floriane André face à Sarah Bouktit (14-12, 26ème).

Depuiset sort l’arrêt décisif

À la mi-temps, Metz Handball avait fait presque la moitié du chemin (17-15, 30e) et avait désormais la certitude qu’il faudrait l’emporter de cinq buts pour renverser la table. Parfaitement lancée en seconde période, l’équipe d’Emmanuel Mayonnade s’en rapprochait grâce à un coup de génie de Sarah Bouktit (19-15, 34ème), obligeant Raphaëlle Tervel à poser un temps mort et à lancer la revenante Yvette Broch. Sans réussite. Tyra Axnér faisait chavirer les Arènes (21-16, 38ème) et le BBH semblait prendre l’eau. Les Dragonnes, par l’intermédiaire de Chloé Valentini et Lucie Granier, manquaient ensuite plusieurs occasions d’enfoncer le clou face à Floriane André, hyper précieuse (9 arrêts au total). L’entraîneure brestoise tentait alors le pari de jouer offensivement en supériorité numérique, à sept contre six, et son équipe revenait sur les talons des Messines (24-22, 47ème). Emmanuel Mayonnade choisissait alors de remplacer Johanna Bundsen et Lucie Granier, respectivement par Sabrina Novotna et Manon Errard.

Les dix dernières minutes ne se racontent pas, elles se vivent (28-24, 50ème), la pièce pouvant tomber d’un côte comme de l’autre. Suzanne Wajoka et Camille Depuiset sont entrées en jeu. La première a d’abord été décisive, avant que la seconde ne sorte face à elle un arrêt de grande classe pour une défaite de quatre buts qui suffit au bonheur du BBH (32-28, 60ème).

Les regards des Brestoises se sont alors relevés. Les poings se sont serrés. Les sourires sont revenus, timides d’abord, immenses ensuite. Une défaite, oui. Mais une défaite qui ressemblait furieusement à un sursis doré. En face, les Messines avaient les mains sur les hanches, le visage livide, les yeux embués. Elles ont réalisé le match parfait. Presque, malheureusement. Au sommet, la frontière entre l’extase et le vertige tient parfois à l’épaisseur d’un ballon qui rentre ou non dans les filets.

Arnaud Demmerlé

Les statistiques :

Les gardiennes : Johanna Bundsen (4 arrêts sur 25 tirs) et Sabrina Novotna (1/7)

Les joueuses : Chloé Valentini (5/6), Tyra Axnér (4/4), Suzanne Wajoka (2/3), Anna Albek (3/4), Anne-Emmanuelle Augustine (0/0), Betchaïdelle Ngombele (0/0), Sarah Bouktit (4/7), Lucie Granier (5/8), Léna Grandveau (3/5), Lylou Borg (1/1), Grâce Zaadi (4/5) et Manon Errard (1/2).

Le staff : Emmanuel Mayonnade et Ekaterina Andryushina